Les symposiums > 2. Dispositif - Médiation

 Symposium 2

 

Dispositif  et médiation : objet scientifique ou démarche de recherche ?

 

Cécile GARDIES (Professeur des universités, EFTS, ENSFEA)

Thierry PIOT (Professeur des universités, CIRNEF, Université de Caen Normandie)

 

Si les concepts «dispositif» et «médiation» sont souvent définis de manière proche, par exemple au travers de la notion d’intermédiaire ou d’entre deux, pour autant ils ne représentent pas les mêmes enjeux théoriques et pratiques. Tant du point de vue de la recherche, que de celui de leurs utilisations dans le domaine empirique, ces concepts ont fait l’objet au cours du temps de diverses controverses et usages dans les champs scientifiques de l’éducation ou dans les champs proches. Ainsi le dispositif et la médiation sont tantôt objet de recherche tantôt mise en forme de la démarche de recherche (notamment dans les recherches collaboratives). Ce flottement d’usage est-il issu de leurs origines épistémologiques, de leur définition théorique ou de leurs proxémies ?

Différent.e.s auteur.e.s ont précisé comment le dispositif en tant qu’objet d’analyse d’autres processus, notamment de formation pouvait être opérationnel, et nous pouvons nous appuyer sur les caractéristiques développées par Albero posant 3 dimensions : «le dispositif idéel en tant que projet fondateur qui oriente en permanence, souvent de manière implicite, l'activité des responsables et de certains intervenants ; le dispositif vécu par les acteurs dans sa mise en œuvre effective sur le terrain, selon les contextes spécifiques, les dispositions et les compétences ; le dispositif fonctionnel de référence, base commune de règles formelles et de cadres pratiques à partir desquels se mènent les négociations et se prennent les décisions» (Albero, 2010). De son côté, Piot considère le dispositif pédagogique comme un espace où «l’élève comme un sujet cognitif intègre les dimensions plurielles de «l’apprendre»» (Piot, 2005).

La médiation quant à elle renvoie à «milieu, intermédiaire, moyen» et c’est aussi d’emblée une notion large et d’une grande polysémie.  En d’autres termes, plus qu’un entre-deux médian, la médiation passe par toutes sortes de degrés reliant différents pôles quand elle est passage, comme un curseur instable, avec des phases de circulation, de stase, de  réflexivité unipolaire, de feed-back réussis ou avortés, etc. dépendantes d’un sens à circonvenir dans l’interaction. Pour Vygotsky, le signe, tout comme le mot, est l'élément principal dans le processus de la médiation. Le signe se présente comme le point d'intersection de la psychologie, de la philosophie et de la linguistique. Il n'analyse pas la structure du signe, c'est la fonction du signe dans le développement des processus psychiques supérieurs qui est importante. Enfin nous pouvons considérer son lien intrinsèque avec les savoirs car «la médiation est fondamentalement humaine et vise, dans le cas de l’éducation ou de la formation, à mettre en relation un ou des apprenants avec des connaissances et des savoirs, afin précisément qu’ils construisent un savoir propre» (Rinaudo, 2015).

Ainsi si «dispositif» et «médiation» peuvent être théoriquement rapprochés, qu’en est-il de leur usage dans le champ des recherches en éducation ? Sont-ils mobilisés comme objet de recherche ou comme démarche de recherche ? Dans un cas comme dans l’autre comment ces deux concepts s’opposent-ils ou se complémentent-ils tant du point de vue théorique qu’empirique ?

 

 

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